Egypte : « Un coup d’Etat ou une révolution ? »

Le président égyptien, renversé par les militaires au cours de la journée du mercredi 3 juillet, a été transféré ce jeudi au ministère de la défense. Une intervention de l’armée qui suscite de nombreuses interrogations et réactions dans la presse internationale, qui s’accorde ce matin à qualifier les événements de « coup d’Etat ». Et à massivement critiquer l’intervention de l’armée.

« Malgré ses erreurs, et il y en a beaucoup eu, Mohamed Morsi fut le premier président d’Egypte démocratiquement élu, et son renversement par l’armée est incontestablement un coup d’Etat. Il serait tragique que les Egyptiens, qui ont permis la révolution en 2011 (…) se retrouvent au final face à un rejet de la démocratie », affirme ce matin l’éditorial du New York Times.

Le quotidien, qui rapporte l’atmosphère délétère en Egypte, insiste sur l’importance des décisions que prendra l’armée dans les prochains jours. « Les généraux ont annoncé, dans un discours lu à la télévision mercredi, qu’ils suspendaient la Constitution et mettaient en place un gouvernement de transition, mené par le président du Conseil constitutionnel. Le premier test sera de savoir s’ils permettent aux leaders de la société civile et aux principaux chefs religieux d’échafauder un plan pour remplacer ce gouvernement grâce à des élections. Le plus rapidement sera le mieux »,  martèle l’éditorial du quotidien new-yorkais.

MESURES LIBERTICIDES

Même jugement du côté du Guardian, qui évoque également un « coup d’Etat ». « Si l’armée égyptienne avait voulu déguiser le fait qu’elle vient d’accomplir un coup d’Etat, elle n’a pas fait du bon travail », ironise ce matin le quotidien britannique dans son éditorial. The Guardian souligne que « personne en Egypte ne sait qui est Adli Mansour », qui devient « le visage, ou du moins le cache-misère » de l’armée égyptienne. Celui-ci est devenu président par intérim après avoir prêté serment jeudi.

Le quotidien britannique se montre particulièrement méfiant envers le nouveau régime,  qualifié de tout « tout sauf libéral ». A l’appui, The Guardian relate les premières mesures liberticides prises par l’armée. « Sa première action a été de fermer cinq chaînes de télévision, qui étaient en train de couvrir la révolte montante des partisans des Frères musulmans. Une sixième chaîne, émanation d’Al-Jazira, appelée Al-Jazira Misr, a subi une descente de la police, et ses journalistes ont été arrêtés », rapporte le quotidien.

« HUMILIATION POUR LA DÉMOCRATIE »

Constat partagé en Espagne par El Pais, qui décrit l’intervention de l’armée comme une « humiliation pour la démocratie », et s’étonne de la réaction des Egyptiens. « Les manifestants ont accueilli la nouvelle avec liesse. Ce fut une preuve supplémentaire du mythe qui confère à l’armée un rôle de sauveur de la patrie. Mais l’Egypte n’avancera pas tant qu’elle n’aura pas remis l’armée à sa place », prévient le quotidien espagnol. Avant de conclure que les militaires jouent « un rôle important dans le désastre égyptien », conclut El Pais.

A contre-courant de ces prises de position, le Washington Post tempère. « Ce qui s’est passé en Egypte est-il un coup d’Etat ou une révolution ? Les deux à la fois », titre le quotidien américain, qui insiste sur la complexité des évènements. « Aucun de ces deux mots ne suffit à décrire ce qui s’est passé. Il s’agissait à la fois d’un coup d’Etat et d’une révolte populaire, à la fois de l’expression comme de la contestation de l’expérience démocratique égyptienne. »

INFLUENCE AMÉRICAINE

Face à la confusion, le Washington Post insiste sur la nécessité de ne pas tomber dans une lecture manichéenne des évènements. « Morsi a été élu démocratiquement, et par ses propres actions, il a miné une grande partie de son mandat. Oui, les Etats-Unis continuent (…) à le décrire comme le dirigeant démocratiquement élu ; oui, il a parfois ébranlé les institutions démocratiques », assure le quotidien.

Une influence de la diplomatie américaine sur laquelle insiste également le New York Times, qui rappelle que les Etats-Unis sont, depuis les accords de Camp David en 1979 entre Le Caire et Israël, l’un des pays à avoir « le plus investi » en Egypte. Le quotidien rappelle que si Barack Obama ne peut actuellement influencer Mohamed Morsi et l’opposition, il dispose néanmoins d’un sérieux moyen de pression sur l’armée égyptienne, « à laquelle il accorde une aide de 1,3 milliard de dollars par an ».

Le Monde.fr | 04.07.2013 à 13h24 • Mis à jour le 10.07.2013 à 19h50

Publié le 25 juillet 2013, dans Egypte. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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